Covid-19 : "y a-t-il une erreur qu’ils n’ont pas commise ?"

Covid-19 : "y a-t-il une erreur qu’ils n’ont pas commise ?"

Covid-19 : "y a-t-il une erreur qu’ils n’ont pas commise ?"

 
 
  • Pr Christian Perronne - Y a-t-il une erreur qu'ils n'ont pas commises ?Pr Christian Perronne - Y a-t-il une erreur qu'ils n'ont pas commises ?

 

On peut se le demander, en effet, tant elles sont nombreuses. Tout au long de la crise, le Pr Christian Perronne s’est alarmé publiquement des dysfonctionnements graves du système de soins et de certaines décisions politiques incompréhensibles. Nous les avons toutes vécues à un rythme effréné, au point parfois de les oublier ou de n’en pas saisir la portée. On appelle ça le brouillard de guerre, ce climat d’incertitude sur l’origine et la fiabilité des informations en temps de conflit. N’oublions pas qu’une pandémie de cette ampleur s’inscrit aussi dans une bataille géopolitique et économique. Ce qui est livré au public est pesé, et n’a pas forcément à voir avec la science. Alors Christian Perronne nous en refait la liste, car c’est trop sérieux pour ne pas l’avoir en tête. Tout est acté, référencé. Rassurez-vous, cet ouvrage est concis, c’est ce qui lui donne toute sa force. Avec une touche d’humour caustique qu’on ne connaissait pas à l’auteur.

Une bien étrange façon de se mobiliser

« Nous sommes en guerre ! » Cette formule du président de la République, répétée plusieurs fois pendant son allocution, surprend. En guerre contre qui, contre quoi ? Quels sont les enjeux, les armes, la stratégie ? Les troupes sont-elles prêtes ? Le 18 février, Olivier Véran déclare que « la France est prête, parce que nous avons un système de santé extrêmement solide. » Diable ! Heureusement que l’ennemi fut moins offensif que prévu, car ça sentait la débâcle de 1940.

La communication sur la gestion de la crise, les instructions à la population, les réponses faites aux questions posées par les journalistes sont d’une précision rassurante : on commence à s’interroger, nous n’excluons rien, toutes les possibilités sont à l’étude, les choses vont se mettre en place progressivement, très rapidement, dans les tout prochains jours, nous mettons tout en œuvre, nos capacités ont augmenté, je n’ai pas encore de chiffres, c’est une estimation parmi d’autres, on l’espère, on verra… Des formules creuses, avec usage à volonté de qualificatifs qui ne renvoient à rien et nous rappellent le sketch de Coluche sur le journaliste ignorant ou celui de Pierre Palmade sur le candidat sans programme.

Puis il y a eu les incessants messages contraires de la part des différents membres du gouvernement. Sur les rassemblements, sur l’école, sur l’hôpital, sur le travail, sur la nationalisation de certains moyens de production, sur les réserves alimentaires, sur les enterrements… Nous avons eu droit à plusieurs reprises à des revirements, à des avis et déclarations opposées, parfois le même jour. Oui ça va, non ça ne va pas du tout, oui vous pouvez, non surtout pas ! Comprenne qui peut. Pourtant, les Français seront bientôt accusés de manque de civisme.

Un système de santé presque en ruine

Côté soignants, ce n’est guère mieux. « Le gouvernement n’a pas protégé ses soldats sur la ligne de front. Il a méprisé toutes les professions exposées. » s’indigne Christian Perronne. Des années de coupes fraîches dans les budgets de santé ne sont pas sans conséquence en cas de coup dur. C’est ainsi qu’on apprend que l’AP-HP a été dirigée un temps par une ancienne cadre de Danone. « On avait ordre de gérer l’hospitalisation de nos malades comme la production de pots de yaourts dans un marché concurrentiel. » Sauf que nous ne sommes pas au pays d’Ubu pour rien, et que si les « objectifs » sont atteints, la sécurité sociale n'accepte pas pour autant de rembourser ce surplus d'activité. Il faut donc en faire toujours plus en réduisant les coûts. Agnès Buzyn, qui avait promis de mettre fin à la loi sur l’instauration de la tarification à l'activité (dite T2A), n’en a rien fait.

Cette crise révèle les différences de traitement entre puissants et misérables. Pendant qu’on dit au petit peuple de se laver les mains et que prendre du doliprane suffira, plusieurs célébrités se vantent sur les réseaux sociaux d’avoir été dépistés, parfois même soignés à titre préventif. Il est vrai que, délocalisations à outrance oblige, nous disposons d’une sacrée autonomie : les produits nécessaires pour faire les tests proviennent à 90 % de la Chine et des États-Unis !

Durant sa carrière, Christian Perronne a participé à la gestion de nombreuses épidémies. Il est catégorique : les leçons ne sont jamais tirées. Chaque fois qu’une épidémie est terminée, les moyens sont à nouveau retirés. C’est un peu comme si un pays cessait de financer son armée au prétexte qu’il n’y a pas de guerre. Les politiques ont beaucoup de mal à comprendre la gestion très particulière des maladies infectieuses, imprévisibles par nature.

De nombreuses professions de santé (mais pas seulement), sentant que le compte n’y serait pas, se sont montrées prêtes à participer à l’effort national. Laboratoires privés, dentistes, pharmaciens, tous se sont proposés pour faire des tests. Fin de non-recevoir, rien ne peut être utilisé sans être agréé, il faut respecter la procédure habituelle. L’urgence, en temps de guerre, n’est donc pas de tirer le premier, mais que la moindre munition soit réglementaire. Idriss Aberkane, consultant et essayiste français, dit à ce propos qu’on reconnaît une société bureaucratique lorsque la procédure compte plus que le résultat. Pendant ce temps, l’Allemagne a conseillé à tous les labos de produire dès le début de l’épidémie leurs propres tests, selon des recommandations fournies. « Si Emmanuel Macron avait regardé ce qui se passait au-delà de nos frontières, il aurait vu que le confinement n’était que le plan B. Aucune mission officielle n’a cherché à comprendre ce que faisaient les Allemands ou les Coréens pour s’en inspirer. »

Le déconfinement se fera tout autant en ordre dispersé, toujours en pénurie de masques, de tests diagnostiques et de médicaments, notamment l’hydroxychloroquine, utilisé dans la plupart des pays mais dont les autorités françaises ne veulent pas entendre parler.

Mieux vaut mourir de manière conventionnelle ?

Alors que Didier Raoult dit qu’il faut dépister et traiter tout le monde, le conseil scientifique dit qu’il faut attendre. Hors de question de prendre le moindre risque sans avoir mené toutes les études nécessaires. Christian Perronne s’indigne : « Un chef de guerre doit prendre des décisions, même s'il n'a pas de données parfaites. Les données parfaites, on les aura à la fin de la guerre en comptant les morts. » Des propos analogues à ceux qu’Idriss Aberkane a tenus dans ses vidéos tout au long de la crise.

La chloroquine a traversé les âges et les controverses. Que lui est-il reproché cette fois-ci ? De provoquer des hypokaliémies (baisse de potassium) favorisant des troubles cardiaques. Le risque est accentué lorsque l’azithromycine est utilisée de manière concomitante. Mais le SARS-COV-2 peut, lui aussi, entraîner des baisses de potassium dans le sang, laissant planer le doute sur les causes réelles desdites complications. Le Pr Perronne nous en explique patiemment les tenants et aboutissants. Pour lui, « le profil de tolérance de ces médicaments prescrits à des milliards d’individus depuis des décennies est bon, à la condition expresse de respecter le dosage et les contre-indications. » Les patients de l’IHU de Marseille, étude à l’appui, ont montré une excellente tolérance à ce traitement, sans problème cardiaque et avec une efficacité toute aussi excellente.

Et puis de nos jours, il faut faire des études randomisées en double aveugle. C’est-à-dire accepter qu’une partie des malades reçoivent un placebo. Un exercice plus que délicat en plein pic de pandémie. Et surtout pas tout à fait éthique : « Il n’est pas moral de tirer au sort les patients qui recevront un traitement quand ils n’ont peut-être que quelques jours à vivre ». Ce qui est le cas de l’étude Discovery. Une position qui semble aller de soi et qui pourtant n’a jamais été acceptée par les puristes de la médecine fondée sur les preuves qui, comme l’a dit Didier Raoult, confondent l’éthique et la méthode. Ils semblent avoir toutes les peines du monde à comprendre qu’on ne prend pas les décisions de la même manière en situation de crise qu’en temps normal.

 

Les découvreurs du SRAS de 2002 avaient pourtant déjà démontré l’efficacité du médicament. De nombreux pays en ont constitué des stocks mais la France s’y est toujours refusée. La France sera finalement le seul pays au monde à interdire l’hydroxychloroquine, principalement sur la base d’une étude frauduleuse parue dans le Lancet et qui sera finalement rétractée. Le ministre de la santé sera pourtant reconduit dans ses fonctions. Sur ce point, il est permis de se demander quel est le message adressé aux malades, aux soignants et plus simplement à la population.

Des chiffres, nous en avons vu passer beaucoup dans cette crise et ce n’est pas terminé. Qui est en mesure aujourd’hui de dire combien de personnes sont mortes et auraient pu ne pas l’être si un traitement, fut-il imparfait, n’avait pas été refusé à des gens atteints d’un virus potentiellement mortel ? Certains n’hésitent plus à parler de justice pénale pour les dirigeants qui ont pris ces décisions. En attendant, Christian Perronne propose que l’on grave sur le fronton du ministère : « Mieux vaut une bonne autopsie qu’un traitement sans preuves. »

Gros malaise également du côté des Ehpad. D’un côté, on restreint la prescription du seul traitement susceptible de marcher, de l’autre on facilite par décret la prescription de Rivotril, un puissant sédatif utilisé en médecine palliative et fin de vie, à l’usage auparavant très limité. De ces signaux simultanés naissent des suspicions très dérangeantes qui circulent rapidement - aurait-on voulu euthanasier nos vieux ? - et une incompréhension de certains soignants pour qui « la juxtaposition des deux décrets a été perçue comme violente ».

Des liens d’intérêts tous azimuts

Selon l’infectiologue Karine Lacombe, il ne serait pas possible de donner de l’hydroxychloroquine à tout le monde, ce qui justifierait son encadrement strict. C’était pourtant possible jusqu’au 13 janvier de cette année, où le médicament était vendu librement en pharmacie. Très présente sur les plateaux télé, elle cumulerait 325 000 euros reçus de l’industrie pharmaceutique, minant la crédibilité de ses prises de position. Elle n’est bien entendu pas la seule et l’ouvrage nous donne les chiffres, à l’euro près, des émoluments de nos chevaliers de la santé publique. L’étude Discovery, dont l’objectif de contrer Didier Raoult est un secret de polichinelle, est l’idée d’un consortium, appelé Reacting, créé Jean-François Delfraissy, président du comité scientifique de l’Élysée. Parmi les médicaments antiviraux inclus dans l’étude, le remdesivir est produit par le laboratoire Gilead et le lopinavir-ritonavir par Abbevie. Le Pr Yazdan Yazdanpanah, infectiologue membre du conseil scientifique, a longtemps travaillé pour ces deux laboratoires. Dernier exemple, un membre du HSCP, dont l’avis a servi de base au décret d’interdiction de prescrire la chloroquine, a touché plusieurs dizaines de milliers d’euros de la part de Gilead.

Pour Christian Perronne, « ce qui est choquant, c’est que ces liens, dès lors que ces experts siègent dans une instance de décision officielle, puissent influencer les décisions de l’État. » Le Pr Philippe Even, autre vieux loup de la médecine, enfonce le clou sur les études pourries des revues soi-disant prestigieuses. Après le scandale du Lancet, pouvons-nous encore raisonnablement baser la médecine exclusivement là-dessus ?
« Nous allons devoir créer une ligue de médecins aux mains propres, comme les juges dans les pays les plus corrompus », suggère Violaine Guérin, fondatrice du collectif Laissons les médecins prescrire.

Un homme de morale et d’expérience

Il va de soi que Christian Perronne ne s’est pas fait que des amis. Pour avoir apporté son soutien sans faille à l’équipe du Pr Didier Raoult qui « a démontré, jour après jour, avec une logique implacable, le bien-fondé de son action : dépistage, isolement des personnes malades, traitement systématique. » Et pour avoir osé balancer ses copains, ce qui, vous comprenez, ne se fait pas. Pour la peine, plusieurs plaintes disciplinaires, en plus d’une campagne médiatique de dénigrement. “Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté”, chantait Guy Béart. Et ça ne vole pas haut. Les attaques ad hominem, pendant cette crise, nous en avons soupé.

Ce qu’on oublie de dire, le public n’ayant pas son CV en tête, c’est que Christian Perronne a présidé pendant quinze ans la commission maladies transmissibles du HSCP. C’est quelqu’un du métier, qui connaît tous les rouages de la santé publique. Durant son mandat, il a fait son possible pour moraliser la profession. Il connaît parfaitement les obligations liées aux conflits d’intérêts. Et s’afflige aujourd’hui des manquements graves qui n’ont pas été sanctionnés. Décrit comme profondément humain par ses patients, il est connu pour son engagement face à la maladie de Lyme. Un engagement qui lui a déjà valu les foudres de ses confrères. Ce n’est peut-être pas un hasard s’il a le soutien massif d’associations de patients, qui connaissent et respectent ses actions. Une pétition de soutien a été lancée et a recueilli plus de cent mille signatures.

Dans une société qui se veut démocratique, la santé est – ou devrait être – l’affaire de tous et ne souffre aucun secret. De plus en plus de Français en prennent conscience et « exigent désormais plus de transparence dans les processus de décision ». Une transparence qui doit « faire partie intégrante de la démocratie sanitaire », avant que notre système de santé, qui a longtemps fait des envieux, ne disparaisse définitivement.

 

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